Your Company Logo Heretouristes et Cyclosportifs de Guyenne

Tandem Bernard Marquis et Jean-Louis Borach
4H30 : debout ! Bernard et moi nous habillons pour notre grand Raid. Bernard ne dit rien, mais je sens bien qu’il est un peu anxieux, il n’a jamais dépassé 210km et de plus cela n’était pas un contre-la-montre… ! De toutes façons, les dés sont jetés, l’Aventure est devant nous.On petit-déjeune tranquillement, j’ai apporté de Lyon de larges assiettes pour y verser nos céréales, du sucre et du lait. Sans être lourde, cette nourriture va bien nous convenir pour le début de la matinée et les premiers efforts. Puis le tandem est glissé dans la voiture, nos sacs chargés, nousvoici partis vers le départ, à 3km .

5H35 : Je viens de remettre les clés et les papiers de mon véhicule à l’organisateur en chef, Monsieur Sabio. Quelqu’un des leurs va le piloter jusqu’à l’arrivée afin que nous puissions rentrer à Lyon ensuite, c’est rudement sympa de leur part. Nous nous étions présentés la veille : c’est une équipe très sympathique, le courant est vite passé entre nous et ils ont bien apprécié les Coussins de Lyon apportés en témoignage de sympathie.

6H moins des poussières : il fait pratiquement jour. Un seul groupe, fort de plus de 700 cyclos, est prêt : je retrouve des amis, cela fait du bien de se détendre en bavardant avec les membres de l’ASCAF qui ont tous fait leur baptême de la grande randonnée dans le dernier Paris-Brest.

6H : C’est parti ! Pas d’affolement, cela démarre doucement, d’autant plus qu’il y a une petite côte dans le parking et qu’il faut veiller à ne pas se heurter. Nous voici sur la route et assez rapidement je commence à remonter les groupes, utilisant au mieux les atouts d’un tandem, à savoir l’inertie de la machine qui est très importante, donc ne pas se laisser enfermer lorsque cela ralentit pour pouvoir relancer au plus tôt en utilisant la vitesse initiale. Dans les faux-plats descendants je saute de pelotons en pelotons, nous voici maintenant à moins de 500m des premiers.

1ère ½ heure : Les groupes sont maintenant stabilisés, je reste à ma place, plutôt sur la gauche car je me suis fait coincer stupidement par une voiture suiveuse et il m’a fallu du temps pour m’en dépêtrer ! Il y a déjà de courtes bosses, le rythme est rapide, très soutenu, il faut absolument tenir, rester dans les roues : Bernard est parfait et se lève à ma moindre demande. On se repose dans le faux-plat suivant, à l’abri du peloton. Plus loin, je cède au plaisir de les griller tous dans une descente : bien m’en a pris, la pente est de plus en plus forte, on dévale à 67km/h, passant facilement au centre de plusieurs goulets avant de remonter en face : le groupe ne nous rattrape qu’en haut, je suis content, j’ai bien manœuvré, nous sommes de nouveau dans les roues. J’apprends par la suite qu’ils n’ont pu franchir les rétrécissements qu’à 20km/h, tellement l’étroitesse l’imposait.

8H30, Bernard sollicitait une halte depuis longtemps, je m’arrête. J’accepte à contrecœur, car on était si bien dans ce peloton ! Nous nous retrouvons seuls au 84ème km, finie la belle aspiration qui nous épargnait bien des efforts. La chaleur augmente, nous nous alimentons correctement, par petites gorgées le « 640 » d’Overstime fait merveille. Vers 10H je stoppe devant une épicerie-bar : on se descend 1,5L de Coca, consommée sur place avec nos barres de céréales. La sacoche arrière s’allège ainsi petit à petit.

La fin de la matinée se passe assez facilement, les routes sont bonnes, il est 15h25 au 1er contrôle à l’Isle-Jourdain, km 231. Côté alimentation, ce n’est pas terrible, le bar ne propose que des sandwichs aux rillettes ou au salami ! Avec la fatigue et la flemme je commets l’erreur de rester là, au lieu de chercher ailleurs une nourriture plus solide.

Nous repartons pour le prochain contrôle, à 80km. Cette partie du parcours que je croyais facile comme beaucoup d’autres cyclos va se révéler être très casse-pattes, truffée de bosses. La forme est là mais la chaleur nous assomme, toujours 37°C, et encore avons-nous de l’air en avançant.

De braves gens vont nous offrir à boire, on boit avec délice une bouteille de St Yorre… merci !17H : bourgade de Saint Savin, une belle place avec café, terrasse : mon hésitation est de très courte durée, je m’arrête ! Déjà que 3 km avant j’avais lorgné avec convoitise l’antique et belle fontaine du village d’Antigny, là je n’hésite plus pour un arrêt boisson. Je me prends un grand thé chaud et Bernard un jus de fruits tandis qu’à côtéOn repart. Encore des côtes sur 25km avant que le relief nous redevienne favorable, à Tournon-St Martin. Nous voici alors à la limite du Parc régional de la Brenne, région giboyeuse aux  de nous les tournées de bière vont bon train !

multiples étangs. C’est plat, la puissance revient, on enroule facilement à plus de 30km/h. La moyenne oscille d’ailleurs autour de 27km/h lorsque 20H sonne au clocher de Martizay, 313ème km et 2ème contrôle qui propose sandwich et boissons fraîches. Nous sommes juste à mi-parcours, nous y restons une bonne ½ heure avant de repartir vivement. Maintenant que le relief est plus agréable et que la température a bien baissé, nous enroulons encore mieux, notre progression est rapide. On s’arrête pourtant encore une nouvelle fois 25km plus loin, vers 21H15 à Clion, km 337 pour boire un café qui nous tiendra réveillés cette nuit. On est aux petits soins pour nous, le serveur nous rajoute un savant additif sucré de son cru qui procure plein d’énergie ! On est bien, pourtant il nous faut repartir, tandis que la fanfare du village joue un air entraînant à chaque passage de cyclistes. En cette soirée de la fête de la musique, ce sera bizarrement le seul endroit où nous en entendrons…

Il fait toujours jour, j’en profite pour rouler le plus possible sans ma frontale qui pèse un certain poids. Je ne l’installerai qu’à Nouans-les-Fontaines, vers 22H45 au km 364 lorsque ce deviendra vraiment indispensable.

23H50 : belle descente sur St Aignan, traversée du Cher et 3ème contrôle au km 384 à Noyers-sur-Cher. Il y a du monde dans les bars mais on ne s’attarde pas du tout, à peine 34 km nous séparent du contrôle suivant. Le relief toujours favorable nous avantage, c’est la pleine lune, je vois bien la route et nous avons un bon rythme.

Romorantin, 4ème contrôle au km 418 est atteint à 1H35. On casse la croûte – sandwichs, cakes et boissons nous sont gentiment proposés – avant que nous ne décidions de dormir un moment. Je rentre alors le tandem dans le gymnase, déniche enfin un matelas (car ils n’y en a qu’une douzaine), et nous décidons de dormir 2H, jusqu’à 4H. Je m’enroule dans ma couverture de survie, Bernard revêt un maillot supplémentaire et on s’endort rapidement, sans brouhaha à nos côtés. Ce repos était nécessaire, c’est vrai que j’étais tout de même assez fatigué en arrivant.

Nous repartons vers 4H15 et cela va rouler très vite grâce aux voitures suiveuses qui éclairent complaisamment la route. Ici, ce n’est pas la discipline du Paris-Brest, je suis très surpris ainsi que pas mal de randonneurs autonomes. J’apprendrai que cela est autorisé pour limiter les accidents… ! Pourtant, dans PBP, à ma connaissance, il n’y a pas d’accident la nuit. Alors ?

J’estime cependant qu’il y a 2 poids 2 mesures dans ce Bordeaux - Paris, car éclairer la chaussée même avec une excellente frontale ne peut prévaloir contre des phares. Seul, je me dois de surveiller constamment ma route, au cas où il y ait un hérisson où un autre animal. C’est fatiguant de balayer sans cesse devant soi et si l’on bénéficie d’un super éclairage, cela change assurément tout. A mon avis, 80% des participants étaient assistés, nous n’étions qu’une poignée à transporter nos bagages.

Nous roulons donc très vite dans la forêt de Bruadan, tantôt avec le groupe, tantôt seul – car ils ont crevé ! L’aube se dessine, nous sommes en pleine Sologne, région aux mille étangs. Nous revenons sur une quantité de cyclos, c’est agréable d’avoir sans cesse de nouveaux lièvres à se mettre sous la dent ! Il se met à pleuvoir, pas trop fort, le ciel n’est pas trop chargé.5H38 : Petit-déjeuner à Chaon, km 472. Le café ne servant pas même du thé, c’est à l’hôtel « au rendez-vous des chasseurs » que tout les cyclos débarquent. La patronne est évidemment débordée, elle vient heureusement de finir de servir un groupe qui a dormi ici. Nous aurons nos boissons assez rapidement, contrairement à d’autres cyclos qui sont repartis, dépités. Nous mangeons quelques tartines et nos barres de céréales, la sacoche s’allège… Alternance de petites pluies durant la matinée jusqu’à ce bel orage qui s’abat pas loin, à 1km

tout au plus : éclairs, coups de tonnerre, c’est le grand jeu : On avance imperturbablement sous des trombes d’eau, sans protections particulières. Le grain s’éloigne, diminue, s’essouffle, cesse. Nous séchons sur la machine, alors que nombreux sont encore avec Gore-Tex ou capes épaisses.

Notre allure est bonne, à Châteauneuf-sur-Loire la Sologne a cédé la place à la Beauce. Toujours de nombreux paquets devant nous, on revient avec délectation, roulant jamais en dessous de 30km/h. Mes jambes tournent bien, par contre Bernard sent un peu les siennes, malgré qu’il ne se plaigne jamais.

10H34 : 5ème et dernier contrôle à Autruy-sur-Juine, localité se situant à 20km au sud d’Etampes.

Pas de ravitaillement prévu, j’aurais pourtant bien mangé du consistant et on ne me propose que des biscuits salés, c’est bien léger. Encore une fois j’ai la flemme d’aller à la charcuterie en face, je vais le regretter plus loin. Nous repartons et intégrons un groupe qui ne finasse pas, allure entre 35 et 40km/h. Cela nous va, on suit facile dans les roues, je passe même plusieurs fois devant faire ma part de boulot.

Etréchy, km 588 : la Beauce est bien finie, nous voici maintenant dans les collines de la région parisienne, à tournicoter de villages en villages, sans direction bien précise. Il y a encore des prairies et je vais d’ailleurs en profiter pour me reposer, pour dormir ¼ d’heure : je m’endormais littéralement au guidon, écrasé de sommeil. Courte sieste bien réparatrice, nous repartons pour les 35 derniers km.

Nous roulons maintenant au milieu d’un petit groupe qui porte le maillot «  Ballainvilliers  », c'est-à-dire le nom du club où se déroule l’arrivée. Nous avons alors connaissance des dernières réjouissances, des ultimes traquenards : - plus que 2 bosses - nous annonce-t-on, celle qui est devant vous et une autre 10 km plus loin. La 1ère est longue mais pas difficile, on enroule le 42, cela passe bien. Quant à la dernière, un vrai petit raidard en pleine cagna, sans un poil d’ombre : Nous le passons tout à gauche, en 30 x 23. A mi-pente, complètement épuisés, 2 gars essayent de récupérer tandis que leur copain râle et s’impatiente en haut, à 300m.

Au sommet ma dernière fontaine, je me rince abondamment le visage, ôtant ce sel qui me brûle. Puis une très belle descente, des faux-plats, des ronds-points, et l’arrivée, enfin l’arrivée ! Il est 13H52, nous avons un peu la larme à l’œil car vraiment cela a été une épreuve magnifique qui nous laissera un souvenir impérissable. Nous sommes épuisés mais heureux, nous avons réussi !

 

Tandem Bernard Marquis* / Jean-Louis Borach* et **du Tandem Club Rhodanien* et de l’ASPTT Lyon Cyclo**et un grand MERCI aux organisateurs et à tous les bénévoles qui ont permis à un non-voyant de réaliser son rêve, réussir le Bordeaux - Paris

 

 

 

Les questions ou problèmes relatifs à ce site Web sont à adresser à [t.c.guyenne@voila.fr].
Copyright © 2002 [t.c.g]. Tous droits réservés.